Mosaïcisme et DPI-A

Peut-être que quand tu étais embryon, tu portais une anomalie chromosomique.

Non, je ne dis pas que tu as un problème génétique — je parle ici du concept de mosaïcisme. C’est quoi, ça ?

Même si tu es né d’un ovule parfaitement normal et d’un spermatozoïde normal, il a pu y avoir un couac dans la division cellulaire suite à la fécondation.

Comme tu t’en doutes, au début y a une cellule qui va se diviser en deux, puis rapidement on a 4 cellules, puis 8, puis 16, 32, 64, 128. Et à chaque division, il faut recopier l’intégralité de l’ADN de la cellule — 6,4 milliards de lettres. Bah, c’est dur de ne faire aucune erreur !

À titre de comparaison, le premier tome d’Harry Potter, c’est environ 500 000 caractères. Recopier l’ADN à chaque division, c’est comme recopier près de 13 000 livres Harry Potter. Toutes les 12 à 24 heures.

Alors bien sûr, la nature est bien faite, mais quand même, ça lui arrive de faire des erreurs. Sur ces premières divisions cellulaires, y a des fois des erreurs, et c’est même assez courant. Une cellule avec un ADN normal peut donner naissance à deux cellules filles déséquilibrées : l’une avec un bout de chromosome en moins, l’autre avec un bout en plus. Ces cellules-là, on les appelle les cellules aneuploïdes. Et c’est elles qu’on va rechercher lors du test DPI-A.

On va donc avoir un embryon avec des cellules normales et d’autres avec des cellules aneuploïdes. On parle de mosaïcisme, car on a une mosaïque de cellules un peu différentes.

Comme je l’ai dit, ce phénomène est assez fréquent, et la nature a mis en place un vrai SAV pour gérer ça. Les cellules vont détecter toutes seules, comme des grandes, qu’elles sont buguées, et vont soit se détruire, soit être redirigées vers la périphérie — pour constituer le placenta plutôt que le bébé. Et c’est bien souvent parce qu’une cellule a un bug qu’elle finit reléguée à la périphérie. C’est beaucoup moins grave si c’est le placenta qui est concerné plutôt que le futur bébé.

Ce phénomène de mosaïcisme, il se manifeste surtout dans les tout premiers jours de vie de l’embryon — les 5 à 6 premiers jours. Et comme c’est justement à ce moment-là qu’on réalise le test du DPI-A, ça peut fausser les résultats.

Surtout qu’on n’inspecte que 5 à 10 cellules, prélevées en périphérie — donc parmi celles qui sont justement les plus susceptibles d’avoir été écartées à cause d’un bug, même quand le reste de l’embryon, lui, est parfaitement sain.

C’est un des arguments qui reviennent dans le débat sur le DPI-A en France : peut-on vraiment se fier à un prélèvement aussi petit et aussi biaisé pour décider du sort d’un embryon ? Ce n’est pas la seule raison pour laquelle le DPI-A n’est aujourd’hui pas autorisé en France — la question est aussi éthique, et fait débat depuis des années — mais c’est une vraie limite scientifique du test, que peu de gens connaissent.

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